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Moaïs de l'île de Pâques

Les statues de l'île de Pâques, une curiosité unique au monde


Généralités sur les statues de l'île de Pâques

Les statues de l'île de Pâques se nomment les Moaïs. Ils sont des colosses de pierre dressés verticalement pour la plupart, parfois par groupe, sur l'île de Pâques, une possession chilienne du Pacifique. Cette île n'est quasiment connue que pour cette particularité qui n'existe nulle part ailleurs.

Moaïs de l'île de Pâques

Moaïs de l'île de Pâques


Le contexte

Tout d'abord, il faut planter le décor.

Ces statues ne sont pas aussi anciennes qu'on pourrait l'imaginer : Elles ont toutes été érigées entre 1200 et 1500, des dates approximatives correspondant à l'arrivée des polynésiens sur l'île (vers 1200) et à l'abandon du culte des ancêtres (vers 1500, peut-être un peu plus tard). On est sur une période de 3 à 4 siècles dura lesquels les habitants taillèrent et érigèrent ses statues avant de les abandonner.

L'île de Pâques a pour particularité d'être l'île la plus éloignée de tout habitat humain (2078Kms pour les voisins les plus proches). Elle est plutôt petite, avec une superficie de 165Kms2. Elle possède une montagne (507m d'altitude), point culminant de l'île, et 3 volcans éteints plus petits, plus pas mal de curiosités géologiques liées au volcanisme. A l'époque de leur arrivée la végétation était variée, avec des forêts et des prairies. De nos jours il ne reste que des prairies.

Ceci dit, la communauté de polynésiens qui est arrivé sur place s'organisa en clans. Les archéologues ont retrouvé la trace d'une division territoriale de l'île par rayonnement, c'est-à-dire que le centre appartenait à toute la communauté, mais que chaque clan avait un triangle partant du centre jusqu'à la côte. Chaque clan construisit des villages et se mirent à l'agriculture pour assurer la subsistance de sa population. Mais tous avaient en commun la culture polynésienne. Parmi elle, le culte des ancêtres tenait une part importante.


Origine des Moaïs

Les Moaïs ne sont en fait que des représentations humaines, de simples statues. Elles représentaient les ancêtres, c'est-à-dire à la fois les personnes physiques à l'origine des polynésiens, mais aussi leur culture, leur histoire. Le culte était pratiqué sur le principe des traditions polynésiennes. Chaque village avait son "Ahus", un terrain plat aménagé pour le culte sur lequel se déroulait les cérémonies cultuelles, mais aussi les réunions publiques. Cette esplanade servait donc à la fois de lieu de culte et de lieu de rassemblement social.

Les premiers Moaïs étaient en taille réelle, ils étaient sculptés sur la base des Tikis des îles ("Ti'i", à Tahiti). Un Tiki, c'est une statue symbolisant soit un homme, soit un dieu, soit un homme-dieu. La représentation était stylisée selon une technique propre à cette région du monde.

Mais peu à peu et sans que l'on en ait la raison, les habitants de l'île commencèrent à faire des statues de plus en plus hautes. De nos jours, celles qui sont sur place mesure entre 2,5m et 10m, avec une statue de 21m abandonnée avant d'être finie, elle se trouve encore dans la carrière et n'a donc jamais été mise en place. Ils pèsent plusieurs tonnes, parfois plusieurs dizaines de tonnes.


Disposition sur l'île

Une fois taillées, ces statues furent déplacées jusqu'à leurs sites définitifs. Quand on regarde une carte on voit qu'ils sont quasiment tous sur la côte, parfaitement espacés. Ils forment une sorte de barrière symbolique isolant l'île de l'océan. Et pourtant, ce n'est pas vraiment le cas car la population était essentiellement des marins, ils avaient hérités ces savoir-faire de leurs ancêtres polynésiens. Il n'y avait donc aucune raison de dresser une barrière, fut-elle symbolique, entre l'île et l'océan. Ils devaient donc avoir une autre utilité.

Une autre originalité de leurs situations géographiques réside dans leurs orientations : Ils regardent tous vers l'intérieur de l'île, sauf un. Cette disposition renforce l'idée qu'ils étaient plus là pour faire en sorte que les ancêtres regardent les nouvelles générations évoluer plutôt que pour dissuader une quelconque invasion de l'île.

Enfin il faut savoir qu'il existe deux sortes de sites sur lesquels ont été placés les Moaïs : Ils peuvent être isolés ou être intégrés dans un ahu, une plate-forme cérémonielle. Une telle plate-forme accueille la plupart du temps une rangée de statues, tous parfaitement alignés et orientés, ils contrastent donc des statues isolées.

La côte Sud de l'île, la plus longue avec ses 24Kms, héberge 13 ahus, plus deux autres à l'intérieur des terres. La côte Nord-Est en compte 8, la Nord-Ouest 5 plus deux à l'intérieur des terres. Les statues isolées sont en très grande majorité positionnées entre les ahus, le long de la côte, avec une densité légèrement plus grande sur la partie Est de l'île. Les côtes bordant les deux volcans, au sud, en sont complètement dépourvues, probablement à cause de la difficulté à les acheminer sur un terrain accidenté. Les Moaïs isolés sont plutôt à l'Ouest, mis à part ceux autour de la carrière de tuf de Rano Raraku.

A noter, et c'est bien logique, qu'aucune statue ne se trouve en altitude, à cause de la difficulté de les amener sur place, probablement.


Description d'un Moaïs

Moaïs de l'île de Pâques

Moaïs de l'île de Pâques

Les Moaïs présentent de nos jours un aspect un peu différent de ce qu'ils étaient autrefois. Tout d'abord il faut savoir que la pierre dont ils sont fabriqués, le tuf, est gris-jaune, mais les temps les a rendu bien plus sombre qu'au moment de leur taillage. Ensuite on a souvent l'image d'une tête, une simple tête, pour représenter un personnage. Il n‘en est rien puisque toutes les statues sont des personnages complets hormis les jambes. Ils ont tous un corps et deux bras, souvent terminés par des mains. L'une des raisons qui met en avant la tête que qu'elle est disproportionnée par rapport au corps, bien plus petit que ce qu'il devrait être. Les Moaïs ont été quasiment tous sculptés dans le tuf d'une carrière du volcan Rano Raraku, celui le plus à l'Est de l'île. Ses pentes sont d'ailleurs parsemées de statues, c'est l'image classique que l'on a quand on pense à l'île de Paques.

Il s'agit de statues en ronde-bosse, c'est-à-dire qu'on peut en faire le tour (au contraire de bas ou haut relief). Les principales caractéristiques des Moaïs sont un cou peu marqué, un visage rectangulaire, le menton proéminent et le nez fort. Les oreilles sont disproportionnées et le front est fuyant. Les arcades sourcilières sont également particulièrement marquées.

Les bras sont souvent en deux parties, comme sur un être humain, c'est-à-dire qu'il y a l'angle des coudes. Le ventre est parfois proéminent, ce qui laisse à penser qu'il s'agit alors d'une femme. C'est d'ailleurs la seule caractéristique permettant de genrer les statues.

Certaines sont coiffées d'un pukao, c'est le nom qu'on donne à ces étranges chapeaux cylindriques. Ils sont fait en tuf rouge, une pierre extraite des carrières de Puna Pau, un site proche de la capitale Hanga Roa et qui a la particularité d'avoir la seule carrière de pierres rouges de l'île.

De nos jours leurs expressions sont figées, les regards sont vides, mais à l'époque de leurs splendeurs les yeux des statues étaient richement décorés. Le blanc de l'œil était reconstitué avec des coraux blancs et l'iris étaient fait en tuf rouge, comme les coiffes. Parfois ils étaient en obsidienne, une roche volcanique (bien sûr) vitreuse et très noire, un peu translucide.


Sculpture, mise en place

Les moaïs

Les moaïs sont des sculptures en ronde-bosse, ce qui signifie que l'on peut en faire le tour. Ils sont taillés à même la roche volcanique, dans une carrière du volcan Rano Raraku. Cette carrière est au Sud-Est de l'île, c'est la carrière principale d'où sont sortis la quasi-totalité des statues.

Moaïs en cours de taillage

Moaïs en cours de taillage

Le travail consistait à tailler, dans le sol rocheux, la forme de la statue, puis d'affiner les traits. Les déchets produits étaient jetés sur place, sans soucis de récupération ou d'évacuation des morceaux taillés. Quand la statue était terminée sur les trois côtés, les sculpteurs commençaient à tailler sous elle, pour la détacher du sol.

Certains étaient taillés non pas dans le sol mais dans la falaise, au niveau du sol. Les sculpteurs entraient donc dans la roche, au risque de voir le plafond s'effondrer. Une fois le bloc retiré la falaise présentait un trou à ses pieds, une sorte de grotte artificielle.

La carrière de Rano Raraku a été abandonnée brutalement, comme le prouve les nombreuses statues laissées en cours de sculpture. Leur nombre est éloquent : Il y a quasiment autant de moaïs en cours de taillage qu'érigés sur l'île ! (400 en cours de taillage pour 887 sur l'île, chiffre approximatif car certains moaïs étaient à peine ébauchés, les spécialistes ne les comptent donc pas forcément tous de la même manière)

Les pukao

Un pukao est le nom que l'on donne au chapeau des moaïs. Tous n'en sont pas pourvus, mais ceux qui en disposent sont caractéristiques, leurs silhouette est bien plus grande que celles de leurs voisins. Le Pukao est un bloc de tuf rouge taillé assez finement en cylindre.

La carrière de tuf rouge n'est pas la même que pour les moaïs eux-mêmes, elle est à Puna Pau, un cône volcanique fournissant une pierre rouge.

Le transport

On s'est longtemps demandé comment les hommes du XIIIe siècle avaient pu transporter les moaïs et leurs pukao sur plusieurs kilomètres, sur un terrain vallonné, qui plus est.

Différentes tentatives ont été faites durant les XXe et XXIe siècle, sur place. L'une des premières solutions proposées fut de faire glisser les statues sur des rondins de bois. Cette solution avait un avantage évident : Elle pourrait expliquer pourquoi l'île a été déforestée. Mais il semble que ce ne soit pas la bonne solution, ils avaient dû faire autrement.

La solution qui est aujourd'hui la plus plausible est que les statues est étaient déplacées verticalement, par rotations successives sur sa base. Chaque mouvement la faisait avancer de la largeur de sa base, soit à peu près 2m. Pour garder la verticalité durant le transport il fallait la faire tenir avec des cordes tendues maintenues par la force de plusieurs hommes. Les essais, relativement récents, qui ont été faits ont montré qu'il était possible de déplacer les Moaïs sur plusieurs kilomètres à une allure très faible. Ils devaient se retrouver sur leurs sites d'implantation en plusieurs mois, et nécessitaient la présence d'une vingtaine d'hommes. Bien sûr, ces chiffres sont très variables en fonction de la taille du Moaïs.

Quand un Moaï tombait au sol il devenait impossible de le relever à cause de son poids. Il était alors abandonné sur place, tel quel. Certains faisaient quand même l'objet de tentatives de redressement, on creusait à ses pieds un trou assez grand pour le faire basculer, puis il fallait reprendre la technique de déplacement sur une rampe inclinée pour le faire sortir de son trou. Des essais qui pourraient – le conditionnel est nécessaire – expliquer la présence de Moaîs à demi-enterrés, ou couché sur le sol, un peu partout sur l'île.

La mise en place

Le site d'implantation n'était pas anodin, il était décidé bien à amont du début du taillage. On construisait un Moaïs pour une raison précise. Les sites d'implantation étaient de deux sortes : Soit c'était un ahu, c'est-à-dire une plate-forme cérémonielle, généralement occupée par plusieurs Moaïs, soit c'était un site isolé.

Une fois en place son socle était renforcé et son pukao était mis en place. Un Moaïs était toujours installé le regard tourné vers l'intérieur de l'île, à une exception près.

Le pukao provenait d'une autre carrière, mais il n'était pas taillé dans la carrière, contrairement au Moaïs. Le bloc de tuf rouge était juste taillé en cylindre et roulé jusqu'au site d'implantation du Moaïs. Ensuite seulement il était taillé pour s'adapter à la statue. Ce sont les nombreuses traces de taillage sous le cylindre qui nous l'apprend, si le bloc avait été tiré au sol, ces traces auraient été élimées, ce qui n'est pas le cas.

Restait le problème de l'installation du pukao. Là aussi différentes théories s'opposent, mais l'une des plus probable consiste à penser que les habitants de l'époque montait une levée de terre jusqu'à la tête du Moaïs, jusqu'à l'ensevelir partiellement. Au sommet, ils plantaient un piquet solide et passaient une corde de part et d'autre du piquet. Les extrémités des cordes étaient passées sous le pukao et renvoyées près du piquet où des hommes, en tirant, pouvaient le tirer. Arrivé au sommet, le pukao était ajusté, et la terre retiré.

Cette méthode était très complexe et demandait un très grand travail, mais ainsi ils parvenaient à leurs fins.

Les finitions

Moaïs de l'île de Pâques

Moaïs de l'île de Pâques

Une fois en place le travail n'était pas totalement fini puisqu'il fallait finir le Moaïs. Les finitions consistaient à mettre en place ses yeux, on disait alors à l'époque qu'il trouvait la vue.

En pratique, ça consistait à mettre sur les yeux des morceaux de coraux blancs pour similer le blanc de l'œil, et au centre de faire deux petits cercles, les iris, en tuf rouge ou diorite noir.

Un tel décor a été refait récemment, et l'un des Moaïs expose, de nos jours, son visage tel qu'il était il y a 500 ans.

Quelques photos

Symbolisme

Les statues de l'île de Pâques ne nous ont pas livré tous leurs secrets. En fait il est même difficile d'affirmer le but de leurs édifications car le peuple autochtone, les Rapa Nui (aussi dénommé "Matamua" ou "«Haumaka ), ont tout simplement été quasiment exterminés à la fin du XIXe siècle, réduit en esclavage. Ceux qui sont restés ont transmis leurs cultures par tradition orale et ont subi la mixité culturelle et biologique par l'arrivée massive, toujours vers la fin du XIXe siècle, d'une forte communauté polynésienne christianisée puis des européens. De nos jours on compte plusieurs milliers de personnes, mais aucune n'a les secrets de ces statues.


Les raisons estimées de leurs constructions

Par contre l'archéologie nous renseigne assez bien puisque cette science nous apprend que le peuple ayant débarqué sur l'île de Pâques, vers 1200 après JC, pratiquait le culte des ancêtres. Ce culte consiste à vénérer non pas un dieu mais les ancêtres d'une communauté. Il est alors évident que les Moaïs symbolisent les ancêtres.

Leurs dispositions sur l'île confirment ce fait. Ils sont tous, à l'exception d'un, placés sur les côtes et tournés vers l'intérieur de l'île, là où vivaient les habitants, un peu comme si ils les surveillaient. Si ils avaient eu un rôle protecteur ils auraient été tournés très probablement vers l'océan.


Leurs rôles symboliques aux temps du dieu Make-make

Une fois le culte des ancêtres abandonné les Moaïs ne symbolisaient plus que le passé, mais là où d'autres civilisations, comme par exemple les égyptiens anciens, n'hésitaient pas à détruire les reliques qui les ont précédées, les Rapa Nui ont décidé de les garder. Peut-être aussi à cause de la difficulté qui auraient eu à les mettre à bas, mais ce n'était sans doute pas la raison. Certaines de ces statues sont de nos jours allongées au sol, y compris et parmi elle quelques-unes qui ne sont pas dans la carrière, donc pas en cours de construction ou de transport. On peut les voir comme une volonté de les abattre, mais il est plus logique de voir là l'effet d'une catastrophe naturelle. Si ça parait difficile à croire, il suffit d'imaginer qu'en 400 ans d'abandon, beaucoup de statues ont été ensevelies au moins jusqu'aux épaules, alors qu'elles étaient complètes auparavant. Ça signifie que les intempéries, les précipitations, le vent et d'un point de vue plus général le climat est capable de modifier en profondeur la surface de l'île. Il n'est donc pas aberrant de penser que certaines statues ont pu être couchées naturellement.

Ceci dit, si il n'y a pas eu de volonté d'abattre les statues une fois le culte des ancêtres abandonnés, il n'en reste pas moins que la carrière fut abandonnée aussi, et que les statues qui y étaient en cours de taillage furent recouvertes, apparemment volontairement, de débris. On peut y voir une volonté de marquer le changement de culte.


Leurs rôles à partir des explorateurs européens

Lorsque l'île fut découverte, à partir de la fin du XVIIe siècle, et jusqu'à la fin du XIXe, les statues de l'île de Pâques étaient essentiellement vues comme son symbole, mais rien de plus. La curiosité à leurs égards ne fut même pas très forte, les Européens ne s'intéressaient pas à ces grandes statues du bout du monde ou du moins si il le faisait, leurs éloignements les rendaient moins intéressants. Il faut dire qu'à l'époque, et jusqu'au XXe siècle, les civilisations autres que celles d'Europe étaient surtout vues comme des curiosités à analyser

Histoire de l'île de Pâques

L'histoire de l'île de Pâques est relativement simple à aborder, car elle commence relativement tard par rapport aux peuplements que l'on peut trouver ailleurs, et elle a quasiment une date de fin. Tout commence vers 1200 et s'achève à la fin du XIXe siècle, et l'histoire de l'île comporte trois grandes phases : Une colonisation d'un peuple polynésien (1200-1500, à l'origine des Moaïs), un changement de comportement qui imposa une nouvelle structure sociale (1200-1687, qui firent disparaître les Moaïs) et l'île en tant qu'enjeu des Européens (1687-1877). A partir de là le peuplement d'origine de l'île est tellement faible qu'on peut le considéré comme ayant disparu. La population croit à nouveau, mais sous l'action de l'immigration.


Le peuplement initial et l'érection des Moaïs

Avant 1200 il n'existait aucun peuplement humain de l'île de Pâques. Bien sûr ignorée des civilisations asiatiques, européennes, africaines et micronésiennes, l'île de 160 Km2 seulement ne fut découverte par les civilisations polynésiennes qu'à cette période. Encore que cette période soit mise en doute par des analyses scientifiques faites sur place durant le XIXe siècle, mais en pratique, plus les analyses sont récentes et précises, moins il ne fait de doute que le peuplement de l'île de Pâques se soit fait vers 1200. Ces migrants ont probablement dû arriver de Mangareva, la principale île de l'archipel de Gambier, mais on ne peut exclure une arrivée par les autres îles les plus proches : Iles Marquises ou de Pitcairn.

Une fois sur place ils s'organisèrent en clans territoriaux. Il existait à l'époque une dizaine de clans qui se partageaient le territoire en morceaux triangulaires partant du centre de l'île. Là où tous les territoires se joignaient se trouvait le territoire commun, celui où l'on pouvait discuter des besoins liés à tous les clans. Chaque clan avait ses villages, un peu en retrait des côtes. C'était des villages de maisons en pierre avec des bâtiments communs et une structure sociale tournée sur le culte des anciens. Le culte des anciens, c'est un culte qui n'a pas de Dieux, il se contente d'adorer les ancêtres, une tradition qui a pour but d'assurer la transmission orale de l'histoire du peuple en question.

Les Moaïs sont une représentation des ancêtres, ce sont des idoles en charge de la protection de l'île et à ce titre ils ont été placés tout autour de l'île. Il existe aussi un grand nombre de lieu de culte, sur les côtes. Ces statues ont été installées entre 1200 et 1500, la période de croyance dans le culte des ancêtres. A partir de 1500 un évènement arriva, bouleversant la société établie. Cette date de 1500 est bien sûr très arbitraire, le changement s'étant produit peut-être un peu plus tard, parfois on annonce même plutôt du XVIIe siècle.


Le culte de Make-make

Ce n'est pas un bouleversement soudain qui provoqua le changement dans la société de l'île de Pâques, vers 1500, mais plutôt une prise de conscience – probablement forcée par les faits – que l'île, relativement petite, ne pouvait pas fournir de la nourriture à toute la population si cette dernière ne traitait pas le problème de l'écosystème. En effet, en plus d'avoir dû déforester pour se nourrir les habitants avaient dû couper les arbres pour construire les Moaïs, pour les transporter, les sculpter, etc. Sans arbre, l'écosystème fut bouleversé, la nourriture est devenu rare et une partie de la population dû quitter les lieux. Les spécialistes ont retrouvé des traces de peuplements de l'île de Pitcairn de cette époque, prouvant la migration d'une partie de la population. Toutefois cette hypothèse n'a jamais été prouvée, et la déforestation aurait très bien pu se produire plus tard. Comme toujours, il y a sûrement plusieurs facteurs qui ont dû intervenir, et on exclue ni les guerres internes, qui auraient pu détruire la majeure partie de la population et donc nécessité l'établissement d'une autre société, ni les catastrophes naturelles, elles aussi pouvant mettre à base une civilisation si fragile.

Pour faire face au problème, et quelle qu'en ait été la cause, une solution simple fut trouvée : Le culte des anciens fut remplacé au profit d'un Dieu, Make-make, l'homme-oiseau. Les Moaïs furent abandonnés, certains furent couchés volontairement, d'autres ensevelis. La carrière principale dans laquelle ils étaient taillés fut abandonnée aussi. Il faut savoir qu'il y avait autant de statue en cours de fabrication que de statues déjà érigées, soit 400. Toutes celles en cours de fabrication furent ensevelis, recouvertes ou tout simplement laissées telles quelles. Les anciens lieux de culte furent abandonnés. La nouvelle société qui apparue fut spontanée, elle se basa sur la précédente. Une nouvelle caste de prêtres vit le jour, et cette nouvelle organisation put résister aux conditions insulaires extrêmes imposées par la géographie de l'île, et ça jusqu'en 1687, année de la découverte de l'île par le pirate Edward Davis.


L'influence néfaste des européens

Si Edward Davis fut le premier à découvrir l'île, il n'y débarqua pas, au contraire de Jakob Roggenveen, marin hollandais qui agissait pour le compte de la compagnie néerlandaise des Indes occidentales. C'est lui qui lui donna son nom : ile de Pâques, de par le fait qu'elle fut abordée le 6 avril 1722, jour de Pâques.

Le deuxième européen à aborder l'île fut Felipe González de Ahedo qui en prit possession au nom du royaume d'Espagne. C'était le 15 novembre 1770. Toutefois il ignorait qu'elle avait déjà été découverte et appartenait donc déjà à un royaume européen, les Pays-Bas, qui la revendiqua et l'obtint.

James Cook fit un arrêt à l'île de Pâques le 13 mars 1774, puis le navigateur français La Pérouse, en 1786. Ces arrêts de plus en plus fréquents sur l'île mettaient en place un mécanisme que la population locale ne pouvait pas deviner, à savoir son éradication lente par d'une part le développement de maladies inconnues et pour lesquelles elle n'avait pas d'anticorps naturels, et d'autre part son rapt destiné à les transformer en esclaves. C'est ce qui arriva vers le milieu du XIXe siècle quand des commerçants d'Amérique-du-sud firent des razzias dans l'île pour capturer le maximum de personnes en vue de les faire travailler pour leurs comptes.

La population de l'île n'a probablement jamais excédée 2000 personnes, lorsque qu'elle augmentait elle se limitait naturellement par le manque de ressources vivrières. Une fois les razzias faites, la population était en nombre trop faible pour survivre. De plus les personnes à l'origine de ces rapts en profitait pour éradiquer la culture de l'île en supprimant les prêtres et détruisant les lieux de culte. La date de 1877 est symptomatique, elle correspond à la plus faible population d'origine polynésienne que l'île n'a jamais atteinte : 111 personnes. Mais depuis le milieu du XIXe d'autres populations arrivaient, formant une mixité qui ne cessera d'avoir de l'importance. C'est cette mixité qui sauvera la population sur l'île et fera qu'il existe encore, de nos jours, des descendants de peuple primitif sur l'île. Les migrants venant essentiellement de Tahiti et des îles australes pour la majorité d'entre eux, d'Europe et pour une infime partie, de Chine.

A la fin du XIXe siècle plusieurs européens s'installent sur l'île, qui est alors christianisée, et une nouvelle organisation se met en place. En 1888 le Chili l'annexe officiellement, et de nos jours elle est encore un territoire chilien.

Géographie de l'île de Pâques

L'île de Pâques est une île chilienne du Pacifique. Elle a la particularité d'être l'île la plus éloignée de toutes terres habitées, et ça sur l'ensemble de la Terre. Ses habitants les plus proches sont à 2078Kms de là, soit sur l'île de Pitcairn, à l'Est. La deuxième est à 2 829 km, c'est l'île Alejandro Selkirk. Tahiti est à plus de 4000Kms de là.

Elle mesure 24Kms de long et à une forme de triangle, pour une superficie de 162Km2.


Relief

Son relief, peu accidenté, est fait de trois massifs dont deux volcans. Il existe un troisième volcan, plus petit, ces trois volcans formant une ligne droite longeant le plus long côté de l'île. Le point culminant est le Maunga Terevaka, avec 507m d'altitude, mais la moyenne de l'île est bien inférieure. Son paysage se compose essentiellement de moyennes montagnes, des collines peu marquées, arrondies, érodées par le vent et les pluies fréquentes. Ses côtes sont généralement déchiquetées.

Carte de l'île de Pâques

Carte de l'île de Pâques

La végétation est rase : Elle est l'héritière de l'activité humaine qui a éradiqué peu à peu les ressources locales. Il existait des forêts lors de l'arrivée des premiers habitants, vers 1200. Elles s'étaient réduites à l'arrivée des Européens et n'existent plus du tout de nos jours. C'est la nécessité de cultiver des terres (pour les locaux) et l'opportunité de faire de l'élevage (pour les colons européens) qui favorisa la déforestation. Il ne faut pas négliger non plus la destruction des arbres dans le but de fabriquer de quoi construire les Moaïs, mais déclarer que c'est là l'origine de l'extinction de la végétation dense de l'île est une erreur. C'est sans nul doute un facteur aggravant, mais peut-être pas déterminant.


Hydrologie

L'île est petite, du point de vue hydrologique est aurait été normal qu'elle ne dispose d'aucune rivière. C'est bel est bien le cas, du moins de façon permanente, mais il existe dans le cratère de chacun des trois volcans une réserve d'eau importante qui a assuré de tout temps l'approvisionnement en eau des habitants.

Par ailleurs le climat étant tropical l'eau de pluie est partiellement captée.


Géologie

L'île de Pâques est volcanique, elle est donc entièrement faite de roche volcanique. Trois volcans longent la côte la plus longue, mais elle possède bien d'autres cratères plus petits. La pierre est essentiellement du basalte.


Climat

L'île est sous le climat subtropical. Il y pleut fréquemment, particulièrement durant l'automne austral (Mars à Mai). La température n'est pas si élevé que ça, mais elle est assez constante : entre 16° (pendant l'hiver austral, en juillet et août) et 28° (en février)

Tourisme

Vous avez envie de vous les Moaïs, en vrai ? Bon courage !

Et oui, si vraiment vous voulez en voir un, vous feriez mieux d'aller dans un musée, car aller sur place n'est pas évident…

Mais si vous tenez à aller sur place, alors il vous faudra prendre l'avion au départ de Santiago du Chili (un vol par jour) ou de Tahiti (un vol par semaine) Vous atterrirez à L'aéroport international Mataveri. L'île est très peu peuplée, mais comme le tourisme se développe lentement depuis 1967, elle comporte quand même de bonnes infrastructures touristiques, y compris hôtelière. Il est bien sûr conseillé d'avoir réservé son hébergement avant de se rendre sur place. Un tour-opérator est une assez bonne idée, vu la complexité du voyage et les contraintes administratives que vous pouvez rencontrer.

Sachez aussi que vous ne serez pas seul : l'île reçoit à peu près 80 000 visiteurs par an, soit plus de 200 par jour.


A faire sur l'île de Pâques

Bien sûr, l'activité principale est de partir à la découverte des Moaïs. Plusieurs sont visibles facilement, en suivant la seule route goudronnée de l'île, puis en prenant les pistes. Certains sont plus isolés dans la nature et ne sont pas destinés à être vus par les touristes, car il peut y avoir des dangers (chutes, blessures diverses) La carrière de Rano-Raraku, qui est la principale carrière de taillage des Moaïs, est un but de visite intéressant puisqu'on y découvre de nombreuses statues en cours de taillage, abandonnées à des stades diverses de finition. Certains sont même complètement terminés mais n'ont jamais été transportées sur leurs sites d'implantation.

Parmi les autres activités que possèdent l'île, il y a l'inévitable musée local, le Musée anthropologique Père Sébastien Englert, à découvrir. Il abrite un Moaïs féminin au ventre arrondi et de nombreux vestiges de la civilisation polynésienne d'origine.

Les sites de plongées sont très prisés également puisque l'eau est réputée être d'une clarté particulière.

Reste aussi la découverte du mode de vie local, ce qui se fera aisément pour qui a le contact facile, et les promenades dans les paysages vallonnés. A ne pas rater non plus, les balades autour des trois volcans, ils ne sont pas si hauts que ça et ils permettent non seulement de voir de près ces curiosités géographiques, mais aussi d'admirer l'île d'un point culminant. Comme elle n'est pas très grande, on peut la voir entièrement.


Les Moaïs dans les musées

Sur les près de 400 Moaïs qui furent fabriqués sur l'île de Pâques, une dizaine furent exportés. Trois d'entre eux sont en France. Il y en a deux au musée du Louvre, un au musée du quai Branly. A Londres il vous faudra aller au British museum, à Londres. New-York en possède un, il est au musée d'Histoire naturelle. Bruxelles, Washington sont aussi des villes où l'on peut voir des Moaïs.

Sinon il y en a aussi au Chili bien sûr : à Santiago, à Viña del Mar et à La Serena.

Administration

Administrativement l'île est gérée par le Chili, pays le plus proche. Elle fait partie de la région de Valparaiso. Elle est occupée par un peu plus de 6000 habitants, ce chiffre variant lentement à la hausse ou à la baisse, en fonction des décennies. Sa capitale est Hanga Roa, qui abrite la majeure partie de la population. C'est une ville simple faite de maisons basses aux jardins luxuriants. Elle dispose d'hôtels et de restaurants, de différents magasins, d'une bibliothèque.

L'activité économique de l'île est essentiellement tournée vers le tourisme, mais la pêche est également importante et assure une partie de l'approvisionnement de la population.

En résumé...

Les Moaïs sont le nom que l'on donne aux statues de l'île de Pâques. Il y en a 887 réparties essentiellement pour moitié le long des côtes de l'île, pour l'autre moitié encore en cours de sculpture dans la carrière.

Moaïs couché

Moaïs couché

Ils mesurent de 2 à 10m pour un poids pouvant aller jusqu'à plusieurs dizaines de tonnes. Ils représentent des hommes, ils sont sculptés selon un archétypique unique à base d'éléments anatomiques simplifiés. Ils ont un long nez, un cou fort, un front dégagé et de longues oreilles. Ils sont parfois dotés d'un pukao, un chapeau fait de tuf rouge.

Les Moaïs sont une représentation des anciens, ils sont intégrés dans le culte des ancêtres, un culte répandus dans les îles polynésiennes et qui a été importé en même temps que le peuplement de l'île, vers 1200. On estime à plusieurs années le temps qu'il fallait entre le taillage, le transport, la mise en place sur site et la décoration. Ils étaient quasiment tous sculptés dans la carrière de Rano-Raraku, au Sud-Est de l'île, puis acheminé sur les ahus, les plates-formes cérémonielles que l'on trouve tout au long de l'île, ou plus simplement sur un site isolé. Certains ont été abandonnés lors du transport, ils gisent sur le dos, à même le sol. Ceux qui étaient installés définitivement étaient pourvus d'yeux en corail blanc et tuf rouge ou diorite noir, pour simuler les yeux.

La communauté qui a construit les Moaïs était les "Haumaka", un peuple d'origine austronésienne qui est venu sur place à partir d'îles voisines, vers 1200 après JC. Ce sont eux qui construisirent les Moaïs. Vers 1500, peut-être un peu après, ils changèrent de culte et adorèrent alors Make-make, le Dieu-oiseau. Les Moaïs furent alors abandonnés. Cet abandon fut si soudain que les statues en cours de construction, et il y en avait beaucoup, furent laissées telles quelles, vaguement enterrées pour certains d'entre elles. Les premières incursions européennes sur l'île, à partir du XVIe siècle, vont marquer la fin de cette civilisation. Si les premiers siècles se déroulent normalement, avec des relations de découverte entre les Haumaka et les européens, le milieu du XIXe siècle voit arriver des esclavagistes péruviens qui raflèrent la quasi-totalité de la population. Quasiment disparue, elle fut sauvé par l'introduction massive d'une nouvelle population polynésienne, les "Rapa", qui, se mélangeant aux européens et aux quelques chinois, forment de nos jours encore la population de l'île.

Dimensions et poids

Les Moaïs ont des tailles et des poids variées, bien sûr. Les premiers qui ont été sculptés le furent en taille réelle, c'est-à-dire qu'ils mesuraient à peu près 1m60 à 1m80, pas plus, pour un poids approximatif tournant autour d'une tonne. Mais peu à peu les dimensions ont cru, pour atteindre des tailles de 10m pour les plus grandes. En moyenne, ils font 7m de haut, mais c'est vraiment une moyenne, aucune statue n'est vraiment de la même taille que sa voisine.

Le poids de ces statues va de quelques tonnes à quelques dizaines de tonnes. La statue la plus grande qui existe sur le site mesure 21m de haut, mais elle n'a jamais été érigée, elle était en cours de sculptage lorsque le culte des ancêtres a été abandonné, rendant inutiles ces statues.


Anecdotes et curiosités

L'île de Pâques est l'île la plus isolée du monde. La communauté qui vit sur place a son plus proche voisin à 2078Kms de là, le record mondial.

Des scientifiques ont tenté de prouver comment l'île de Pâques a été colonisée, en utilisant des bateaux similaires à ceux utilisés au XIIIe siècle. A partir de l'île la plus proche il n'a fallu que 19 jours de navigation !

L'île de Pâques n'a aucune rivière, du moins permanente : La seule eau douce est stockée dans les cratères de deux des trois volcans de l'île. Sans ces réserves naturelles la vie aurait été impossible.

Les Moaïs ont inspiré Hergé pour l'album de Tintin "Vol 714 pour Sidney". Cette histoire nous présente des monuments mégalithiques d'une mystérieuse civilisation. Ils représentent des personnages technologiques dont le gigantisme est à rapprocher des Moaïs.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser les Moaïs n'ont pas été pillés par les européens, au contraire de ce qui a pu se passer pour d'autres civilisations (Egypte, Grèce, Mésopotamie) Probablement trop éloignés et trop lourds, ces mégalithes n'avaient pas un intérêt suffisant pour qu'ils les ramènent tous. Seuls 10 d'entre eux ont été retirés, puis exposés dans les musées du monde entier.

Classement UNESCO

L'île entière est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1995

Rapa Nui

"Rapa Nui" est le nom que l'on donne au peuple ayant colonisé l'île de Pâques en premier. Cette colonisation a eu lieu vers 1200. Si ce nom est aujourd'hui le plus connu, ils ne nomment eux-mêmes plutôt "Haumaka" ou "Matamua".

Il s'agit d'un peuple d'origine austronésienne, c'est-à-dire venant des îles du Pacifique Sud. Leur langue est le "Rapanui", et c'est de là que vient la confusion typiquement occidentale entre le nom du peuple et sa langue.

Littéralement on traduit ce mot par "Les premiers", en référence aux peuples originels des îles, que la tradition orale fait venir des îles Marquises.

Après avoir colonisé l'île de Paques ils vécurent en autarcie jusqu'à l'arrivée des premiers occidentaux, à la fin du XVIe siècle. Au milieu du XIXe siècle des esclavagistes péruviens firent une rafle sur l'île, capturant la plupart des hommes pour les forcer à travailler dans l'extraction de guano. Ce fut quasiment la fin de cette civilisation, seuls quelques membres y échappèrent.

L'île fut ensuite en grande partie peuplée par les Rapa, un groupe ethnique proche qui s'installèrent en tant qu'ouvriers agricoles pour le compte de producteurs français. Il s'ensuivit une mixité entre les européens, ce groupe exogène, le petit groupe endogène et quelques familles chinoises venues sur place. De nos jours on estime qu'il y a toujours quelques milliers d'autochtones d'origine Haumaka sur l'île et une grande diaspora, essentiellement au Chili.

Les rapanui avaient une organisation clanique : Sur l'île, le territoire était réparti en 11 zones triangulaires, partant du centre de l'île et se déployant vers les côtes. Chaque zone appartenait à un clan qui y construisait des villages. Un clan se disait "Mata", dans la langue locale.


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